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Ce qu'ils en ont pensé...

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lundi, octobre 8 2007

Une autre vision du Tournage...

Le vécu d'un praticien de la rue....

Article paru sur le réseau « rue » :

De : pierre.prevost@acidu.com Objet : rue Dans la série: peut-on critiquer les spectacles de nos petits camarades ? Date : 5 septembre 2007 23:50:57 HAEC À : rue@lefourneau.net

Séparer le fond de la forme est parfois un procédé pratique pour analyser un spectacle. Parfois c'est aussi totalement absurde, forme et fond étant si dépendants l'un de l'autre que tenter de les séparer ne peut que mener à l'erreur. La forme et le fond d'une bouteille nous intéressent beaucoup moins que son contenu c'est bien connu. En ce qui concerne "l'Eternel Tournage" de Amoros et Augustin, on ne peut cependant absolument pas y échapper. On a même plutôt intérêt à les séparer tant la forme aurait tendance à phagocyter le fond. Il faut dire que la forme est impressionnante de précision et d'inventivité. Il s'agit du tournage en direct d'un film incluant tant le montage que les effets spéciaux avec la projection simultanée du résultat en tant que film fini. Deux gradins se font face entourant un plateau de tournage où reposent sagement quelques éléments de décor et accessoires. Sans qu'on puisse vraiment distinguer les uns des autres comme on on distinguera difficilement les acteurs des techniciens tant les uns partagent à l'envie les tâches des autres. Projeté en grand écran et en noir et blanc, le film a du grain et les voix sont très légèrement décalées. Pendant tout le spectacle je penserai au 7ème Sceau de Bergman, forme et fond, pour une fois unis, m'y ramenant sempiternellement. Au départ on regarde beaucoup le plateau et peu à peu c'est l'écran qui prend tout: on regarde le résultat en jettant un vague oeil sur le plateau pour profiter des procédés qui engendrent ces images. Personnellement, j'ai dû passer un tiers du spectacle à regarder le plateau et le reste l'écran. C'est beau. C'est bien fait. Le jeu est fabuleusement concentré. L'histoire est celle de Tristan et d'Yseult la Blonde, interprétée par une actrice tout en lyrisme qui me faisait irrésistiblement penser à Orane Demazis, encore une référence. On pourrait penser que l'histoire n'est qu'un prétexte à combats, monstres, décors magnifiant la démarche. Ce serait une erreur parce qu'il y a bien une interprétation de cette histoire dans la façon dont elle est écrite, racontée, illuminée. Le couple éponyme y prend une dimension très singulière à l'aune du regard contemporain. L'amour, la mort, les contraintes qui les entourent et leur rebellion aussi enflammée que maladroite m'ont questionné, perturbé, et j'ai encore en tête cette très légère inquiétude que provoquent les idées qui ne tournent pas rond et ne rentrent pas sagement dans les cases du cliché. Cependant, en me levant à la fin du spectacle, je n'avais en tête que les autres directions qu'aurait pu prendre ce travail, dans le sens du polar, du loufoque, du western... L'arbre du tournage m'avait caché la forêt du film. C'est le très léger handicap d'Amoros que de s'être fait un renom sur des prouesses techniques et des prestations plastiques auxquelles on ne demandait pas un récit. Parce qu'ici, il y a bien un récit, une fiction, une histoire et qu'il serait dommage de passer à côté. Mais m'auraient-ils satisfait ou touché s'il n'y avaient eu ces conditions très spéciales de mise en spectacle ? Par la suite, on m'a parlé d'un autre spectacle reposant sur le même principe avec une équipe et des moyens plus réduits, et une efficacité burlesque, m'a-t-on dit, supérieure. C'est comme comparer un cirque à un autre cirque, un chanteur à un autre chanteur, Oposito à Royal, Annibal à ses éléphants. Pas foncièrement inique mais, la forme étant quasiment nouvelle et donc rare, les raccourcis en deviennent cinglants et parfois injustes. L'"Eternel Tournage", titre assez incongru finalement au vu du résultat, et dont je soupçonne que le mot "éternel" fait plutôt allusion à l'intemporalité du mythe quand le tournage est, quant à lui, essentiellement ancré dans l'instant, l'"éternel tournage" donc, n'est pas burlesque et raconte quelque chose de précieux. Mais qu'on peut perdre facilement en cours de route. C'est la limite et la leçon de l'exercice.

C'était à Aurillac et c'était gratuit, à condition de venir une heure auparavant récupérer son billet.

Bisatous

Pierre

P.S. : Mon amie Chantal me fait remarquer que "L'éternel tournage" , fait très probablement référence à "L'éternel retour", film de Jean Delannoy (1943) avec Jean Marais et Madeleine Sologne, qui reprenait le mythe de Tristan et Yseult ..film lyrique ..et fort beau ! ça parait évident quand on y pense. Sauf que je l'ai loupé Donnerweter!!!

Pierre

mercredi, octobre 3 2007

La presse de l'été... épisode 1 : Le Figaro...Une fois n'est pas coutume...

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Le Figaro, samedi 25 août 2007

Scènes de la vie courante dans les rues d'Aurillac

Par Françoise DARGENT

(…)Fracas de trompette Ainsi va le Festival d'Aurillac, le plus important du genre en la matière, entre grosses colères et petites séductions, oscillant entre le fracas de la trompette des amuseurs de passage, qui font sursauter les festivaliers, et les artifices des artistes qui les attirent la nuit tombée grâce des images projetées sur un mur. Car pour certains artistes, ce théâtre permet encore des exercices de style que seule la rue est capable d'offrir. À l'instar de la compagnie Amoros et Augustin, qui revisite le mythe de Tristan et Yseult. Sagement assis sur des gradins, les spectateurs assistent au tournage d’un film consacré aux deux amants : une production à petit budget, un décor en carton-pâte, des acteurs qui multiplient les rôles. Les scènes se jouent sous leurs yeux et alimentent au fur et à mesure le film en noir et blanc qui est projeté sur le mur d'un immeuble. Le spectateur, embarqué et vite conquis, ne sait plus où donner de la tête. Les esthétiques se bousculent, celle du film muet et du soap opera. La belle légende doit se confronter au monde de l'artifice et du trucage. Le professionnalisme s'accommode du système D. Et lorsque la pluie commence à tomber, on sort les petits parapluies pour protéger les caméras. Du vrai théâtre de rue en somme.

samedi, juin 23 2007

Et un oeil critique de plus !

Plein les mirettes, plein la mire !

Samedi 26 mai à la Halle verrière de Meisenthal, première de "L'éternel tournage" de la compagnie Amoros-Augustin. Si la compagnie a déjà exploré le mythe de Tristan et Yseut dans "Le Chant d'Essylte", il s'agit cette fois d'en montrer le tournage. Au centre le plateau, avec décors, caméras, projecteurs, des deux côtés le public, au fond un écran géant. Comédiens et techniciens se mêlent, se filment dans une sarabande réglée au millimètre. Sur l'écran un étonnant noir et blanc trembloté fait contraste avec les costumes très colorés. On pense à Dreyer, à Murnau. Le jeu outré des comédiens accentue cet effet expressionniste. "L'éternel tournage" est un formidable hommage à ce cinéma des premiers âges où un peu de carton et des bouts de ficelle pouvaient faire vivre des romans épiques. Au début on se surprend à passer de l'écran au spectacle en direct pour comprendre les "effets spéciaux" puis peu à peu l'histoire reprend le dessus. Les comédiens changent de rôle, participent au tournage sans temps mort. Musique et bruitages sont également faits en direct et participent à l'animation du plateau. Le cinéma, c'est le domaine de la préparation minutieuse, des mises en place interminables. L'art scénique c'est le monde de la spontanéité, de l'énergie. "L'éternel tournage" arrive étonnamment à marier les deux dans un art nouveau (le cinéthéâtre ?) mêlant théâtre, vidéo, manipulation de façon saisissante (ah ! ce fabuleux dragon, cette nef traversant les mers). Si on salue la performance artistique de toute l'équipe, on se laisse surtout envahir par les magnifiques images du spectacle. A recommander à tous, petits et grands, qui aiment qu'on leur raconte de belles histoires.

Rolles (la chanson de Roland)

in "Culture pour tous", Revue des mondes parallèles, à paraître juillet 2007

lundi, juin 18 2007

Autre écho sur la première...

Dernières Nouvelles d’Alsace 31 mai 2007

Tristan et Iseut… comme au cinéma

Lors du festival « Demandez-nous la lune », samedi à Meisenthal, la Compagnie Amoros et Augustin a présenté son dernier grand spectacle, une adaptation inédite et pour le moins originale de Tristan et Iseut. Une première représentation unanimement saluée par quelque 500 spectateurs.

Samedi soir à la halle Verrière de Meisenthal, le public, installé de part et d’autre de l’aire scénique, était convié à la première de « L’éternel tournage », dernière création de la compagnie Amoros & Augustin. Le collectif strasbourgeois a décidé d’adapter un grand classique de la littérature médiévale. Mais c’est une toute autre version de Tristan et Iseut qui se joue sur scène. Si la trame du récit et les personnages sont fidèlement représentés, le public assiste avant tout au tournage de la pièce. En direct. Pendant près d’une heure et demie, onze comédiens, musiciens et techniciens se mobilisent pour faire revivre les amants de Cornouailles, sur grand écran et en noir et blanc. Le jeu des comédiens croise la valse des machinistes et cadreurs, les décors se font et se défont, discrètement grâce à la maîtrise de la lumière. L’effet est garanti, la performance réelle. La musique aussi se joue en live, le feulement du sax basse rendant l’atmosphère encore plus dramatique.(…) Et « L’éternel tournage » utilise toutes les ficelles du spectacle : musique, vidéo, effets spéciaux, marionnettes et jeu théâtral. Le tout réglé comme du papier à musique. Une formidable performance technique et artistique. V.W.

vendredi, juin 15 2007

Les premiers avis des experts...

CRITIQUE TELERAMA

L’Eternel Tournage Par la Cie Amoros & Augustin

Un « Tristan et Iseut » trafiqué et truculent.

(NDLR : "truculent" : "qui a ou qui veut se donner une apparence farouche, terrible. Haut en couleurs, qui étonne et réjouit par ses excès. Pittoresque. Savoureux". (Petit Robert 2006).

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Luc Amoros, metteur en scène alsacien, ne cessera-t-il donc jamais de pousser Tristan, ce grand dadais, dans les bras d’Iseut, la femme de pouvoirs ? Il y a quelques années, il peignait leur passion amoureuse sur une bâche, avec une caméra et quelques pots de peinture (Le Chant d’Essyllt). Aujourd’hui, il jette en plein air cinq comédiens et trois techniciens dans une bataille où chacun semble tenir tous les rôles. Iseut, en changeant de chapeau, incarne un baron félon. Brangaene, la suivante, sera successivement Frocin le nain et Iseut aux blanches lèvres, la rivale. Aux menteries du récit (le philtre, l’échange de fiancée dans le lit de noces) répond une débauche de trucages. Les épées sont en bois, le dragon ne mesure pas plus de 40 centimètres, Frocin le nain (étonnante Brigitte Gonzalez) semble de tous les plans, avec sa perruque rose bonbon… Pendant ce temps-là, sur une façade voisine, en noir et blanc, les scènes filmées et trafiquées en temps réel puisent des reflets expressionnistes du côté d’Eisen_stein. On prend plaisir à ce joyeux bazar. Mais il ne faut avoir peur ni du fouillis ni du carton-pâte. Mathieu Braunstein



Les 22 et 23 juin à Nogent-le-Rotrou, dans le cadre du festival Excentrique (www.excentrique.org) ; les 6 et 7 juillet à Alès (Cratère Surface) ; du 19 au 22 juillet à Chalon-sur-Saône ; du 22 au 25 août à Aurillac ; le 4 octobre à Sotteville-les-Rouen ; le 27 octobre à Châlons-en-Champagne.

Télérama n° 2996 - 16 Juin 2007